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Le mystère B.J.O.H. ou l'
Eventail des Quat Z'arts (1912)



Click here for the BJOH Mystery in English

L'éventail ci-dessous est de forme ballon, monté "à l'anglaise" sur 8 brins de bois teinté (+ 2 brins faisant office de panaches) d'une feuille de papier filigrané, imprimé et peint sur la face seulement. Quoique frais et agréable, et agrémenté d'une inscription en paillettes métalliques, ce qui n'est pas courant dans ce genre, cet objet ne paraît guère extraordinaire.
Il nous pose cependant plusieurs questions...

Mais tout d'abord, regardons le !
 

Cet éventail représente à gauche un agréable perroquet peint d'une main habile.

 Au revers à droite, un cachet nous apprend qu'il s'agit d'un éventail de Lachelin, ou plus exactement de son successeur Brunin (qui aurait rachèté l'établissement le 3 août 1912 : notez bien cette date !)

A droite, un programme de spectacle sous le titre "les 4 Z'arts".


Que sont les "4 Z'arts ?"
Il ne s'agit pas des "Gadz'arts", malgré la parenté évidente (et la confusion parfois constatée). Ceux-ci sont les étudiants des "Arts et Métiers" (C.N.A.M.), longtemps célèbres pour leur "bizuthage" féroce et le pendule de Foucauld.
Les "Quat Z'arts" sont d'abord , sous une orthographe parodique, les "Quatre Arts" .
Mais il ne s'agit pas ici du "quadrivium" médiéval ( arithmétique, musique, astronomie et géométrie), mais des Quatre Arts des "Beaux- Arts", c'est à dire l'architecture, la peinture, la sculpture et la gravure.
Depuis très longtemps, les étudiants des "Beaux Arts" de Paris ont la réputation d'organiser des fêtes débridées, et en particulier le "Bal des Quat Z'arts", caractérisé par des déguisement osés, des attitudes licencieuses et des débordements incontrôlés. Voir, par exemple, une photographie ancienne, l'avis du prince Youssoupof dans ses mémoires... ou une chanson du célèbre chanteur des années 1950/1970, Georges Brassens.
Est-ce ce bal qui est ici illustré ? Mais un ou une aimable correspondante, "Noizette", nous indiquait en juillet 2003 : "au regard du thème du bal des quat'z'arts 1912, (thème arabe type mille et une nuits) il ne semble pas y avoir de lien, en tout cas direct. Le nom quat'z'arts a été tellement employé à tout va que les pistes demeurent nombreuses".
C'est ce que nous confirme en 2017 Kathy Maxwell, collectionneuse australienne qui connaît fort bien les éventails de la Belle Epoque, en particulier en lien avec Montmartre, et qui nous donne le lien vers un site montrant qu'effectivement notre éventail n'a rien à voir avec cet événement : http://4zarts.org/bals/1892-1914/1912-la-perse-25
On aurait pourtant pu le penser, car au revers de l'éventail figure une mention manuscrite

Quel est le lien entre B. J. O. H., le cabaret des 4 Z'arts et un bal en 1912 ?

Quelques années après avoir mis en ligne cette quesition, nous avons trouvé un autre éventail imprimé de la même liste d'artistes  du cabaret des 4 Z'arts, pailleté des mêmes lettres "BJOH", mais, naturellement, sans la référence  manuscrite au bal 1912 de l'oncle Longuet... et ornementé non d'un perroquet mais d'une splendide mouette aux ailes déployées.

bjoh mouette


Mais pour tenter d'en savoir plus, consultons la liste des artistes.



On trouve la signature de Jean d'Astorg dans des revues de l'époque (comme Fantasio).  Marthe Martelappréciée chanteuse et meneuse de revue épousa en 1909 Francis Yard, poète peu connu (1876-1946) . Elle se produisit au cabaret des 4-Z'arts au moins en 1905 et 1912. Cette année là, elle y figurait en même temps que
Jack Cazot, chansonnier et "meneur de revue" (encore dans les années Trente).


Ludovic Serez
était un compositeur qui, par exemple, écrivit la musique de "Pour L'inconstant. Chanson Tzigane" (Paroles d'Anne de Bercy - 1941).
Il s'appelait en réalité Bouserez et était belge. (Cf. La Belgique Artistique et Littéraire, n° 85, 15 Oct. 1912, p. 53-59).  Cet article confime qu'en 1912 il travaillait bien au cabaret des 4 z'Arts. Sous son vrai nom il écrivit aussi de la musique pour des films ou un opéra comme La Carmagnole, drame lyrique de René Jeanne (1922).


Gabriel Montoya
et Vincent Hyspa sont bien connus : tous deux sont des chansonniers de la belle époque, et ont également travaillé aux
"4 Z'ARTS", boulevard de Clichy à Paris, le plus important cabaret du début du XXème siècle. Vincent Hyspa demeure dans les mémoires notamment pour avoir collaboré avec Paul Debussy ou Erik Satie... et même pour avoir, à la fin de sa vie, taté du cinéma comme acteur de second rôle (dont dans "A nous la liberté !" de René Clair (1931). Quant à Montoya, il est mort d'une chute de bicyclette en 1914, ce qui d'ailleurs circonscrit la date du "bal" ou de la représentation du cabaret entre août 1912 et août 1914. En cliquant sur les noms, vous trouverez quelques éléments sur ces deux chansonniers.


Reste Paul Weill, "notre camarade" (camarade des Beaux Arts ? ou des "Gad z'arts ?) Il s'agit certainement de Paul Weil (ou Weill) qui fut chansonnier et, plus tard, Président de l'association "La Chanson de Paris". Son nom s'orthographie parfois avec un seul "l". Mais nous le voyons souvent avec 2, comme dans le Figaro, qui annonçait en 1938 que "la croix de la Légion d'Honneur de Paul Weill, président de l'Association amicale des chansonniers de Cabaret sera fêtée au cours d'un banquet le mercredi 6 avril, au pavillon Dauphine, sous la présidence de M. Jean Zay".  Paul Weill fut aussi, dans les années 1930, directeur du cabaret La Chaumière (devenu "théâtre de Dix Heures")


Nous nous heurtons à une apparente contradiction : s'il s'agit d'un éventail du cabaret des "Quat Z'arts", ce qui semble évident, pourquoi la mention "Bal - 1912", et celle de "notre camarade" ? Pendant de nombreuses années nous n'avons su répondre à cette question.



La qualité de ces pochades sur un objet supposé éphémère nous fait penser plus à une réunion de peintres qu'à un congrès de bijoutiers. Mais il s'agit là cependant d'une profession à caractère artistique.A défaut du "bal des Quat Z'arts" , s'agirait-il d'un bal de quelqu'autre association ? Le cabaret des z'Arts faisait-il sa pub en diffusant des éventails imprimés qui étaient ensuite décorés ? S'agissait-il d'une réunion d'un groupe de militants auxquels appartenait Paul Weill, qualifié de "poète de combat" par Robert Sabatier dans son Histoire de la Poésie Française (T II, p. 530) ?  Ceci justifierait l'appellation de "notre camarade". Nous espérons résoudre cette énigme grâce à la signification des 4 lettres mystérieuses qui ornent, brodées de paillettes, notre éventail 


Après des années de réflexion nous sommes arrivés à la conclusion que "B.J.O.H." ne pouvait signifier que : "Bijouterie Joaillerie Orfèvrerie et Horlogerie", même si la qualité de ces pochades sur un objet supposé éphémère nous fait penser plus à une réunion de peintres qu'à un congrès de bijoutiers. Mais nous voyons dans diverses revues professionnelles l'utilisation de ces initiales, et nous apprenons que cette organisation professionnelle organisait des bals tous les ans. (voir par exemple  https://richardjeanjacques.blogspot.fr/2011/08/les-grands-bals-genereux-de-la.html ). C'est cette hypothèse qui a notre faveur.

Toutefois notre amie Kathy Maxwell, collectionneuse australienne qui a fait sur les éventails et Montmartre de savantes recherches,  a trouvé dans la presse parisienne de l'époque que la chambre syndicale de la Bijouterie avait eu en 1912 un bal en février et une autre réunion en juin. Avant donc août (mois du rachat par Brunin de la maison Lachelin), et sans lien apparent avec les Quat Z'arts... ou l'oncle Longuet. Comme nous l'écrit Kathy, "le mystère s'épaissit". Pourtant, en constatant dans un Almanach de la République de Montmartre que son "citoyen" Paul Weil (avec un seul 'l') demeurait à Herblay, l'idée nous est venue d'interroger l'internet en joignant au nom du chansonnier cette localité. Nous avons aussitôt trouvé l'excellent site d'Hervé David, "chanteur spécialisé dans la chanson française d'hier (http://www.hervedavid.fr/) . Voici un extrait de la notice qu'il consacre à Paul Weil :

 Paul WEIL, chansonnier et revuiste français (Paris, 1865 – Herblay, 1939) Il travailla durant trente-cinq ans chez un joaillier, ce qui ne l'empêcha pas de faire une belle carrière de chansonnier. [...] En 1915, il quitte définitivement la joaillerie pour fonder, avec Tourtal, le cabaret de la Chaumière. Humoriste impassible, il a chanté les Gaîtés du bal de l'Opéra sur le timbre de l'Enterrement (Jules Jouy – Aristide Bruant), ce qui déclenchait automatiquement l'hilarité des auditeurs. Satiriste bienveillant, il a (toujours dans le même style) composé de petites pochades sur la circulation de Paris [...].Paul Weil a succédé à Fursy et à Ferny, à la présidence de l'Amicale des chansonniers.
 


Voilà donc, nous semble-t-il, résolue l'énigme B.J.O.H. : en 1912, Paul Weil était toujours employé chez un joailler, et pouvait donc être valablement appelé "notre camarade" lors d'une réunion des organes professionnels de la bijouterie. Certes, resterait à déterminer la date précise de l'événement qui justifia ces éventails. Et nous ne saurons sans doute jamais qui était l'oncle Longuet. On peut présumer qu'il était bijoutier ou horloger : peut-être de la famille de Roland Longuet, de nos jours horloger à Clermont-Ferrand ?
 


Nous pouvons cependant transformer cette "question " en "monographie". Que cela ne vous empêche pas de nous donner votre avis ! (voir adresse en page d'accueil)

 

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