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Question surprenante : c'est pourtant celle qui nous fut posée quand, dans les années 1980, nous découvrîmes dans une vente publique, dans sa boîte de "Ate Buissot et fils", l'éventail ci-dessous :
Le commissaire-priseur le présenta comme éventail "seconde moitié du XIXème siècle", avec une scène maritime ou lacustre, représentant sans doute un paysage d'Extrême-Orient avec jonques. Il ajouta : "et c'est signé !".
Effectivement, le bateau, si on le regarde rapidement, ressemble un peu à ces embarcations légères. Pourtant, quand nous, Français de Bretagne, vîmes cet éventail, la scène nous parut étonnamment familière. De fait, elle rappelait davantage certains bateaux de pêche qui sillonnaient il y a encore quelques décennies la rade de Brest.
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Ces bateaux sont appelés "bateaux kerhorres", du nom de leur principal port d'attache, sur la rivière l'Elorn, qui coule entre Guipavas et Kerhuon au nord, et Plougastel au sud.
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Revenus à la maison avec nos acquisitions, dont cet éventail, nous examinâmes en détail la signature
La date de 1888 n'avait rien d'étonnant compte tenu de l'allure et de la taille de l'éventail, de même que de l'adresse de l'éventailliste (46, rue des Petites Ecuries), même si l'on sait qu'Emile Buissot prit en 1887 la succession de son père.
Le conservateur du Musée de Brest, M. Le Bihan, à qui nous montrâmes alors cet éventail, nous donna rapidement des indications plus précises : la signature, en effet, était celle d'un peintre connu de lui, le Musée en possédant quelques oeuvres. Il s'agissait de Gilbert Miriel, qui était professeur de dessin à l'École Navale de Brest (le "West Point" français).
Voici ce que l'on en sait :
"... de longues années professeur de dessin à l'École Navale de Brest, peintre de talent, il se consacra en partie au fusain qu'il traitait "à la manière noire", noircissant sa feuille et y ménageant des clairs en effaçant la matière avec une mie de pain. Il inventa un procédé très efficace pour fixer le fusain..." " Il expose au salon de 1875 à 1890. Devenu grabataire... il continue néanmoins à peindre... avec un art consommé. C'est aussi l'époque où il peint des éventails, car il semble qu'il en fit un certain nombre, vendus à Paris et dans la région..."
Et M. Le Bihan d'ajouter : Gilbert Miriel était brestois, il a toujours des descendants dans la ville, et l'un tient un commerce dédié aux beaux-arts face au musée !
Grâce à cette précieuse introduction, nous fîmes ainsi la connaissance de M. Henri Miriel, qui avec une grande amabilité, nous fournit nombre de renseignements sur son arrière-grand-père, hélas limités, les papiers de famille ayant brûlé lors des bombardements de 1944 :
- "ma mère se souvient d'avoir vu d'autres éventails, que possédait mon grand-père, de belles pièces, bien montées".
- "je possède de (G. Miriel) d'assez nombreux fusains, de petites marines au lavis, et diverses huiles sur toile. Plusieurs concernent l'anse de l'Elorn, en Plougastel.."
G. Miriel, spécialiste donc du fusain sur toile, semble avoir apprécié les paysages avec cours d'eau. Ainsi peut-on lire : "M. G. Miriel, ancien professeur de dessin à l’École Navale, s’est plu à reproduire les sites de Kermerrien et un de ses grands fusains sur toile, répresentant la chute de l’étang de Kermerrien orne un des panneaux du grand salon Tourville, à la Préfecture Maritime, à Brest "(GuillaumeToscer 1856-1910, Le Finistère pittoresque, Brest, 1908). Ajoutons que cet étang de Kermerrien, faisant partie de la commune de Guilers, n'est qu'à quelques kilomètres de la rivière Elorn.
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A gauche : M. Henri Miriel nous a remis une photo de son arrière-grand-père, dont nous sommes heureux de rappeler ainsi la mémoire.
A droite : l'étang de KermerrienNous avons ainsi répondu à certaines des questions que nous posait cet éventail. Il en reste d'autres, et en particulier sa provenance : on peut être, compte tenu de la tonalité de l'oeuvre, du revers et de la boîte noire, assuré qu'il s'agissait d'un éventail de deuil. Le panache nous donne les initiales de la propriétaire : E.H. (comme il est difficilement lisible, on est heureux d'en trouver confirmation sur la boîte, en lettres d'argent sur fond noir). L'éventail n'ayant pas quitté la région, on peut supposer que cette dame appartenait à une famille locale, et à une famille aisée, mais sans titre de noblesse qu'une couronne eût rappelé sur le panache, et possédant sans doute l'une des belles propriétés qui donnent sur la rivière que cet éventail illustre si bien.
Carte Michelin
Son arrière-petit-fils nous précisait d'ailleurs :
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Qui était-ce ? Nous avons quelques pistes, mais il nous faudrait consulter des registres d'état-civil., l'éventail de deuil étant hélas conséquence d'un décès... Voilà l'une des recherches que, peut-être, nous aurons plaisir à mener un jour !
Fin 2010, longtemps après avoir mis cette page en ligne, et très longtemps après avoir acheté cet objet, nous apprenons qu'une amie du "monde de l'éventail" a fait l'acquisition d'une autre belle pièce de Gilbert Miriel, de même technique, représentant cette fois un agréable paysage côtier de Méditerranée (semble-t-il). Tout vient à point qui sait attendre ! Merci à elle de nous autoriser à le reproduire ci-dessous.
Collection privée, Grande-Bretagne ©
Grâce aux prodiges de l'internet, nous pouvons de plus en savoir davantage sur cet artiste. Ainsi, en 1881, dans "Paris Salon" (PARIS, E. BERNARD ET Cie)"
Louis ENAULT écrivait-il ce qui suit (p. 124) :
Il expose partout : à Paris, à Lyon, à Bordeaux, à Pau, à \'ersailles, à Reims, à Rouen, à Nancy, à Laval, à Compiègne et à Dieppe; et partout il est remarqué. Sidney, dans les interminables galeries de son Exposition Internationale, montre de lui deux grands fusains sur toile, qui attirent l'attention des connaisseurs.
Ces fusains fixés sur la toile, recouverts d'un léger verni, et qui permettent de donner au sujet traite les plus grandes dimensions, arrivent à une réelle puissance d'effet. Il y a là un filon nouveau et précieux, que M. Gilbert Miriel exploite avec autant de bonheur que de talent.
Voyez plutôt les deux beaux fusains qu'il expose au Salon actuel et qui font partie de la belle collection publiée par M. E. Bernard sous ce titre: Savoie et Haute-Savoie, et dites-moi s'il est possible d'unir plus de puissance à plus de majesté.Et que l'on nous permette d'espérer ici que M. René Le Bihan, conservateur du Musée de Brest jusqu'en avril 2002 (et que nous n'avons pas eu le plaisir de rencontrer depuis un moment) passe une heureuse retraite et continue à faire bénéficier le public de son savoir, par les ouvrages qu'il publie et par ses conseils avisés !retour au sommet de la page top
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